Retombées de fourmis ailées : comprendre le phénomène et le pêcher à la mouche

Imitation de fourmi ailée JMC TER 2 BL pour la pêche à la mouche

par Vincent PETIT

Une rivière qui semblait calme, quelques gobages, puis des poissons qui se mettent à prendre régulièrement en surface… On cherche une éclosion, mais on ne voit ni éphémères ni sedges. En regardant de plus près, ce sont des fourmis qui dérivent sur l’eau.

Une retombée de fourmis peut offrir une très belle pêche. Elle peut aussi devenir franchement compliquée lorsque les poissons se nourrissent sur ces insectes et refusent nos imitations.

Avant de choisir une mouche, il faut comprendre ce qui arrive sur l’eau et prendre quelques instants pour l’observer.

C’est quoi, une retombée de fourmis ?

Dans le vocabulaire des pêcheurs, une retombée de fourmis désigne l’arrivée de fourmis sur l’eau, parfois en quantité importante. On pense surtout aux fourmis ailées qui se retrouvent à la surface pendant ou après un essaimage.

Ces insectes sont terrestres. Ils ne viennent donc pas d’éclore dans la rivière. Au cours de leur vol, certains finissent sur l’eau, notamment lorsqu’ils sont entraînés par le vent.

Le courant les transporte ensuite et peut les concentrer dans certaines veines, le long des bordures ou dans les zones de calme.

Il faut distinguer l’essaimage, qui correspond au départ des reproducteurs de la colonie, de la retombée que nous observons sur la rivière. Un envol de fourmis ne produit pas forcément une arrivée massive sur l’eau.

Pourquoi y a-t-il des fourmis volantes ?

Les fourmis ailées ne constituent pas une espèce particulière de « fourmis volantes ». Chez de nombreuses espèces, ce sont les individus reproducteurs : les mâles et les futures reines.

À certaines périodes, ils quittent leur colonie pour participer au vol nuptial et s’accoupler. Les futures reines fécondées cherchent ensuite un endroit où fonder une nouvelle colonie et se débarrassent de leurs ailes. Les ouvrières que l’on voit habituellement circuler au sol sont dépourvues d’ailes.

Plusieurs colonies peuvent essaimer dans une même période lorsque les conditions sont favorables. Cela explique ces arrivées parfois impressionnantes, avec des insectes en grand nombre dans l’air et sur l’eau.

Quand peut-on rencontrer une retombée de fourmis ?

Il n’existe pas une date valable pour toutes les rivières. La période dépend des espèces, de la région, de l’altitude et des conditions météorologiques.

Les journées chaudes et peu venteuses peuvent favoriser les vols. Une étude participative menée au Royaume-Uni a notamment montré des envols plus fréquents lorsque la journée était plus chaude et moins venteuse que la précédente. Ce sont des indices, pas un calendrier transposable à chaque rivière française.

Pour le pêcheur, il faut surtout rester attentif : des fourmis ailées sur les berges, des insectes dans l’air, puis les premières fourmis qui dérivent à la surface.

L’activité peut être localisée. Un secteur reçoit beaucoup d’insectes alors qu’un autre, quelques centaines de mètres plus loin, en reçoit très peu.

Fourmis noires, brunes ou rousses : que faut-il imiter ?

Toutes les fourmis présentes sur l’eau ne se ressemblent pas. On peut rencontrer des insectes noirs, bruns ou aux teintes rousses, avec parfois un contraste entre différentes parties du corps.

La taille peut également varier fortement. Il ne faut donc pas choisir automatiquement une grosse fourmi noire simplement parce que l’on a identifié une retombée.

Le bon réflexe consiste à récupérer délicatement un insecte dans une petite épuisette ou à en observer un sur une surface claire.

Pour cette observation, le filet à insectes Devaux Quick Insect se fixe sur le cadre de l’épuisette et permet de collecter les insectes présents dans l’eau.

Regardez :

  • la longueur et le volume du corps ;
  • sa couleur générale et les éventuels contrastes ;
  • la présence et la disposition des ailes ;
  • la façon dont l’insecte repose dans la pellicule.

La taille d’hameçon ne suffit pas à décrire une imitation. Sur le même hameçon, on peut monter une fourmi fine et discrète ou une mouche beaucoup plus volumineuse.

La silhouette compte autant que la couleur

Pour monter une fourmi, il faut conserver une taille étranglée et des volumes bien distincts. Un corps uniforme et épais ne donnera pas la même silhouette.

Sur une imitation simple, on représente souvent deux volumes séparés par une partie fine. Il faut aussi tenir compte des ailes lorsque les poissons prennent des fourmis ailées.

L’objectif n’est pas forcément de reproduire chaque détail anatomique. Il s’agit de retrouver les proportions et l’empreinte de l’insecte que les poissons voient passer.

Une mouche facile à voir pour nous ne présente pas toujours le bon volume pour eux. Un repère de visibilité peut être utile, à condition de ne pas dénaturer le montage.

Pourquoi les poissons peuvent-ils devenir difficiles ?

Lorsque de nombreuses fourmis dérivent dans la même veine, les poissons disposent d’une nourriture répétée et facile à intercepter. Ils peuvent se concentrer sur ces insectes.

C’est là que l’on rencontre parfois une situation frustrante : des gobages réguliers, une mouche qui passe apparemment au bon endroit, mais aucune prise.

Il faut alors regarder ce qui diffère entre notre imitation et les insectes naturels. La mouche est-elle trop grosse ? Trop fournie ? Flotte-t-elle trop haut ? Est-ce qu’elle commence à draguer juste avant d’arriver au poisson ?

Plutôt que de changer de modèle à chaque passage, mieux vaut modifier un paramètre à la fois. On comprend ainsi plus facilement ce qui provoque les refus.

Fourmi flottante, dans la pellicule ou noyée ?

Toutes les fourmis ne dérivent pas de la même manière. Certaines restent bien visibles en surface, d’autres sont davantage prises dans la pellicule et certaines finissent sous l’eau.

Une imitation très flottante peut être pratique dans une eau mouvementée. Sur une surface lisse, elle peut cependant présenter une silhouette différente de celle des insectes naturels.

Il est donc intéressant de prévoir plusieurs niveaux de flottaison :

  • une fourmi qui reste en surface ;
  • une imitation peu fournie qui repose bas dans la pellicule ;
  • une version capable de pêcher juste sous la surface.

Pour une fourmi noyée, il n’est pas forcément nécessaire de chercher à descendre profondément. Si les poissons prennent immédiatement sous la pellicule, une imitation non lestée peut permettre d’explorer cette couche d’eau.

Soigner la dérive avant de multiplier les changements

Une bonne imitation doit encore passer correctement.

Sur une retombée, observez la trajectoire des insectes et celle des gobages. Le poisson peut s’alimenter dans une ligne de courant très étroite. Une mouche qui passe à côté ne permet pas de juger sa pertinence.

Cherchez une dérive sans traction, avec suffisamment de liberté pour que la fourmi accompagne le courant. Si la mouche accélère ou se déplace latéralement, il faut revoir l’angle de présentation, le posé ou la gestion du bas de ligne.

Il est souvent plus utile de réussir quelques passages propres que de multiplier les lancers sur le même poisson.

Pour préparer votre montage, retrouvez également notre tuto sur le bas de ligne à nœuds pour la mouche sèche.

Que prévoir dans sa boîte à mouches ?

Quelques fourmis complémentaires permettent déjà de couvrir plusieurs situations :

  • des noires et des brunes, avec éventuellement une version rousse ou bicolore ;
  • plusieurs tailles, dont de petites imitations ;
  • des montages qui flottent à différentes hauteurs ;
  • quelques exemplaires pouvant pêcher sous la pellicule ;
  • avec des ailes plastiques ou sans ;
  • avec un hackle ou sans ;
  • avec des ailes en CDC ou pas.

Vous trouverez sur la boutique plusieurs imitations à comparer aux insectes observés : la fourmi Devaux A517C, la fourmi Devaux JBSIAL01, ainsi que les JMC TER 2 BL et JMC TER 4 BL.

Il faut aussi prévoir plusieurs exemplaires d’un modèle efficace. Une mouche abîmée ou devenue difficile à utiliser ne doit pas vous laisser sans solution au milieu de l’activité. Pour ma part, j’ai une boîte complète dédiée aux fourmis.

Même sans retombée spectaculaire, une fourmi mérite sa place dans une boîte de sèches. Mais lorsque les insectes arrivent en nombre, l’observation devient essentielle.

Avant de nouer une mouche, prenez donc le temps de regarder une vraie fourmi sur l’eau. Sa taille, sa silhouette et sa position dans la pellicule donnent déjà une bonne partie de la réponse.

Attention, les retombées de fourmis peuvent être des moments extrêmement frustrants. Je me rappelle avec rage ces soirs de retombées sur la Dordogne où, malgré une eau bouillonnante comme dans un rêve, je suis revenu bredouille…

Depuis, je ne me déplace jamais sans une boîte complète de fourmis et je vous souhaite de vivre ce moment inoubliable dans la vie d’un moucheur.